Pascal Bataille : les moments qui ont marqué son parcours

L’annonce à la sortie du scanner, la peur juste avant le bloc, les nuits de douleur après l’opération, puis la fierté d’un premier kilomètre… Animateur de télévision et de radio, Pascal Bataille a traversé un cancer du poumon, dont il est aujourd’hui en rémission. Pour Quatre février, il revient sur les moments qui ont marqué son parcours, des plus durs aux plus inattendus.
Un moment où vous avez été surpris par votre façon de gérer la situation ?
Dès la sortie du scanner. Le radiologue m'a dit : « Il faudra bien sûr faire une biopsie, mais d'après mon expérience et ce que je vois, il y a une tumeur. » J'avais toujours imaginé que je m'écroulerais si ça m'arrivait un jour. Et non. J'ai pris mon téléphone et j'ai appelé mon ex-femme, qui est ma meilleure amie et qui venait elle-même de guérir d'un cancer du sein. Je lui ai dit : « Bon, c'est mon tour. On va se battre. » C'est elle qui a paniqué, et elle a ensuite été extrêmement présente tout au long du parcours. En remontant dans la voiture, je me suis dit : « Tu n'es pas en train de paniquer, qu'est-ce qui se passe ? » J'ai savouré d'être surpris par ma propre réaction, et dans le bon sens.
Un moment où vous vous êtes dit « je vais gagner » ?
Dès le début, même si ça peut paraître présomptueux. Je n'en tire aucune fierté : je ne suis sûrement pas plus courageux qu'un autre, et on ne maîtrise pas ça, donc je ne donne aucune leçon. Mais j'ai tout de suite été confiant, dans ce que j'appelle un fatalisme positif : il arrivera ce qui arrivera, mais on va tout faire pour gagner, je sais que je vais être bien pris en charge, et tout ce qui pourra être fait sera fait.
Un moment où vous avez fait semblant d'aller bien ?
Une seule fois : après l'opération. On m'a retiré une partie du poumon, en m'ouvrant par le dos. Les médecins et le chirurgien m'avaient prévenu que les suites seraient très douloureuses, malgré les antidouleurs. Ça a été le seul moment de découragement de tout mon parcours, et comme je ne voulais pas le montrer à mon entourage, j'ai un peu surjoué. Pour le reste, j'ai eu la chance que les traitements, même la chimio, se passent très bien, par rapport à ce qui arrive à beaucoup de patients et à ce qu'on m'avait laissé présager.
Un moment où vous avez eu peur ?
Juste avant l'opération, ces quelques minutes où l'on attend d'aller au bloc. Même si on vous explique le mieux possible, je ne savais pas très bien quels étaient les risques réels. J'étais avec mon fils aîné, nous étions tous les deux très silencieux. Je me suis dit : « Et si je ne me réveille pas ? » J'ai eu peur, moins que je ne l'aurais pensé.
Un moment où vous avez pleuré à cause du cancer ?
Pendant quatre ou cinq nuits après mon retour à la maison. Je suis rentré très vite, et les antidouleurs à la maison ne sont pas ceux de l'hôpital. J'ai pleuré de douleur et de découragement. C'est le seul moment où j'ai ressenti l'envie d'abandonner : « Si survivre à un cancer, c'est ça sur la durée, je n'en veux pas. » Heureusement, ça a été fugace. Et ce qui est formidable avec la résilience de notre mental, c'est qu'aujourd'hui je n'arrive même plus à me souvenir à quel point j'avais mal.
Un moment où vous avez été fier de vous ?
Je suis plutôt exigeant avec moi-même. J'ai surtout été fier des médecins et de mes proches. Mais je me souviens de la première fois où, après l'opération, j'ai réussi à marcher un kilomètre. Au début, même cent mètres, c'est terrible : on est essoufflé, épuisé. Au bout de quelques jours, j'ai fait ce kilomètre et je me suis dit : « Yes, tu l'as fait. » C'est très difficile à percevoir sans l'avoir vécu. Réapprendre à marcher cent mètres après une opération du poumon, seules les personnes qui vivent un handicap au quotidien peuvent vraiment le comprendre.
Un moment où vous avez fait appel aux soins de support ?
Dès le début, je suis allé voir une énergéticienne qu'on m'avait recommandée. Je ne sais pas en quoi ça a joué, mais ça ne pouvait pas faire de mal. J'avais commencé le yoga quelques mois avant le diagnostic, et je n'ai jamais arrêté pendant le traitement ; j'ai même repris très vite après l'opération. Je vois aussi un psy depuis de longues années, ce qui a sûrement aidé.
Un moment où vous avez été surpris par le soutien des autres ?
Tout le temps. Mes proches ont été formidables. Ils n'ont jamais laissé transparaître leur angoisse : je n'ai compris qu'après l'opération, quand on a commencé à parler de rémission et qu'ils ont poussé un ouf de soulagement, à quel point ils avaient été en apnée. Puis, quand j'ai communiqué, j'ai reçu des ondes de bienveillance incroyables, surtout de la part de ceux qui traversent ce genre d'épreuve, directement ou en tant que proches.
Un moment où vous vous êtes senti incompris par votre entourage ?
À deux moments. Comme je gardais le moral alors que j'avais un cancer grave, certaines personnes ont pensé que j'étais dans le déni, et l'ont même dit à des proches. Ce n'était pas le cas. Je connaissais le degré de gravité, même si j'ai refusé d'aller lire les taux de survie à cinq ans sur Internet. Je savais le risque, et j'avais confiance quand même. Le second moment, c'est celui de la douleur post-opératoire : malgré toute leur empathie, les autres ne pouvaient pas mesurer pourquoi je ne pouvais pas faire telle chose, pourquoi je geignais comme un chien blessé. Incompris ne veut pas dire mal aimé. C'est dur aussi pour les proches.
Le dépistage, en bref
Pascal Bataille a attendu neuf mois avant que son cancer soit diagnostiqué. Si vous avez entre 50 et 74 ans et que vous fumez ou avez arrêté depuis moins de 15 ans, le programme pilote de dépistage IMPULSION propose un scanner à faible dose, sans injection, pris en charge à 100 %. Renseignements au 34 33 ou sur depistage-cancer-poumon.fr. Et hors dépistage, une toux qui dure ou un essoufflement inhabituel justifient de consulter.
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