Pascal Bataille : « J’ai perdu neuf mois avant mon diagnostic »

Animateur de télévision et de radio, Pascal Bataille a appris qu'il avait un cancer du poumon après neuf mois d'errance diagnostique. Aujourd'hui en rémission, il se bat pour faire connaître le dépistage précoce. À l'occasion de novembre, mois de sensibilisation au cancer du poumon, il raconte à Quatre février comment le Pascal public et le Pascal intime ont traversé l'épreuve.
Le Pascal public et le Pascal intime
Le Pascal Bataille public et le Pascal Bataille intime ont-ils réagi de la même façon à l'annonce de la maladie ?
Les deux sont assez proches : je m'astreins le plus possible à ne pas tricher sur ce que je suis. Mais le Pascal privé a parlé tout de suite. J'en ai parlé à mes proches, un peu plus tard à mes enfants. La seule personne que j'ai préservée jusqu'à la veille de l'opération, c'est ma mère, qui est âgée, en pleine forme, et qui s'inquiète en permanence. Quand on me demandait comment j'allais, je répondais : « Une petite épreuve de vie à traverser, mais ça va. »
Le Pascal public, lui, a pris le temps de réfléchir. Je voulais présenter un visage porteur d'espoir plutôt que de désespoir. Si on m'avait vu détruit par la chimio, avec une tête de déterré, le message aurait été contre-productif.
Pourquoi avez-vous choisi de communiquer publiquement ?
Je ne donne de leçon à personne, mais à titre personnel j'estime que la notoriété donne beaucoup de privilèges et aussi des devoirs, dont celui d'aider à faire passer des messages. Une amie l'a très bien résumé : « Quand on peut, on doit. » Je voulais dire trois choses. D'abord, que ça nous arrive aussi, à nous les gens connus : nous ne vivons pas dans une bulle. Ensuite : « Regardez, je ne m'en sors pas trop mal. » Il y a dix ans, le pronostic du cancer du poumon que j'ai était extrêmement sombre. Aujourd'hui, on m'annonçait de bonnes chances de m'en sortir, grâce aux progrès incroyables des traitements, exponentiels depuis cinq ans. Enfin, ces progrès viennent des financements publics, mais aussi des dons pour la recherche. Je suis engagé pour la maladie de Charcot, une des dernières maladies mortelles incurables : je me suis servi de mon cancer pour montrer ce que la recherche peut accomplir, et appeler aux dons.
Et quand avez-vous décidé que c'était le moment ?
Après la deuxième séance de chimiothérapie et d'immunothérapie. J'étais fatigué, j'avais perdu beaucoup de cheveux, sauf les blancs, ce qui m'a fait prendre quinze ans d'un coup ! Mais je n'avais pas d'effets secondaires majeurs. Je me suis regardé dans la glace et je me suis dit : « C'est bon, tu es présentable. On voit que tu es malade, mais on voit aussi que ce n'est pas foutu. » Je ne voulais pas inspirer la pitié, je voulais faire passer un message positif en étant crédible. J'ai filmé une vidéo avec mon portable, je l'ai postée sur Instagram, et le même jour je suis allé en parler sur le plateau de Faustine Bollaert. La machine était lancée.
Le regard du public sur vous a-t-il changé depuis ?
J'espère que non, fondamentalement. J'ai surtout reçu énormément de bienveillance et de messages me remerciant d'en avoir parlé. J'en ai profité pour dénoncer la double peine : non seulement vous êtes malade, mais vous devenez un paria au travail, les banques et les assurances ne veulent plus de vous, vous ne pouvez plus emprunter pour acheter un logement. On vous enfonce un peu plus la tête sous l'eau. Le jour où j'ai communiqué, on m'a dit : « Tu es fou, tu es en négociation pour la reconduction de ton émission, la chaîne ne va plus te faire confiance. » C'est justement contre ça que je voulais lutter. Avoir un cancer ne fait pas de vous une personne moins digne d'être respectée, ni moins digne de vivre.
Le dépistage précoce, son nouveau combat
Vous sentez-vous aujourd'hui associé au cancer du poumon ?
Forcément un peu. Des gens m'arrêtent dans la rue pour me demander des nouvelles de ma santé, et c'est toujours très bienveillant. J'y vois aussi une responsabilité, puisque je m'implique aujourd'hui pour populariser le dépistage précoce du cancer du poumon. Je n'ai pas refermé le livre pour le ranger dans ma bibliothèque. Pour moi, l'affaire est quasiment réglée, même si je reste surveillé tous les quatre mois et que je suis content quand on me dit à la sortie du scanner que tout va bien. Mais le sujet, lui, reste une préoccupation : ce que j'ai vécu doit servir à d'autres, pour leur éviter des traitements lourds, voire le décès.
Que change concrètement un dépistage précoce ?
Tout. Moi, il s'est écoulé neuf mois entre des symptômes un peu persistants et bizarres et le moment où on a fait le scanner. Je n'en veux à personne, mais c'est long, et pendant ce temps la tumeur a progressé. Un programme de dépistage est lancé pour les personnes à risque, les plus de 50 ans fumeurs ou anciens fumeurs, sur le modèle de ce qui existe depuis longtemps pour le cancer du sein ou le cancer colorectal. Le principe : leur proposer régulièrement un scanner à faible dose, sans danger, qui peut détecter des tumeurs très en amont. Une tumeur prise très tôt peut souvent être traitée par une intervention chirurgicale beaucoup moins traumatisante, et parfois ça s'arrête là. Si on la laisse évoluer au stade 2, 3 ou au-delà, on part sur de longs traitements de chimiothérapie, d'immunothérapie ou de radiothérapie. C'est une tout autre histoire.
Ses messages
Quels messages voudriez-vous transmettre, et à qui ?
D'abord un message d'espoir. On peut sortir d'un cancer, et le cancer n'est pas synonyme de mort ni de souffrance pour le reste de sa vie. On soigne de mieux en mieux beaucoup de cancers, même s'il y a encore beaucoup trop de décès. Le mental compte énormément : faites confiance à vos médecins et à tous les soignants qui vous entourent. En France, nous avons la chance d'être très privilégiés en matière de santé.
Ensuite, arrêtons de stigmatiser les personnes qui ont un cancer, comme s'il s'agissait d'une maladie honteuse. Banquiers, assureurs : ça peut vous arriver aussi. Les choses ont un nom. On entend de moins en moins « des suites d'une longue maladie », et tant mieux.
Troisième message : pensez à ceux qui traversent cette épreuve seuls. À l'hôpital, on m'a proposé de faire mes traitements dans une pièce à part, pour préserver mon intimité. J'ai refusé : je n'ai pas honte d'avoir un cancer. Pendant ces six heures de perfusion, dans une salle commune avec une quinzaine d'autres patients, j'ai vu des gens qui allaient rentrer chez eux et se retrouver seuls, sans personne pour venir les voir ou leur passer un coup de fil. Moi, j'étais royalement entouré. Je m'en suis voulu, aussi, de ne pas en avoir fait dix fois plus pour une amie très chère, décédée il y a quelques années. S'il y a une chose dont on a besoin quand on est malade, c'est de savoir qu'on n'est pas seul. Sans être intrusif, il faut que la personne malade sache que, si elle a besoin, vous êtes là.
Enfin, continuez de donner pour la recherche médicale, sur le cancer comme sur la maladie de Charcot. Les chercheurs ne sont jamais assez financés, et cet argent porte ses fruits : si l'on soigne de mieux en mieux le cancer du sein, du poumon ou de la prostate, c'est grâce à lui.
Et maintenant ?
La maladie a-t-elle changé vos ambitions ?
Elle a conforté un processus déjà en cours depuis deux ou trois ans : recentrer mes priorités. J'ai eu le privilège de toujours travailler dans des domaines qui me passionnaient, mais je me disais que je n'étais pas assez utile. Paradoxalement, être malade me permet aujourd'hui d'être plus utile qu'avant, parce que mon témoignage peut servir, parmi des milliers d'autres tout aussi précieux. Il m'arrive de me coucher le soir en me disant : « Tu as servi à quelque chose aujourd'hui. » Je ne souhaite à personne d'être malade, mais quand on s'en sort par le haut, on en sort grandi, différent, peut-être un peu meilleur. J'aurais aimé avoir cette façon de regarder les choses vingt ans plus tôt.
Qu'aimeriez-vous qu'on vous souhaite ?
De pouvoir porter ce message encore très longtemps. Donc d'aller bien : je n'ai pas envie de repartir pour un tour. Je sais que ça peut arriver, et que si ça arrive je ferai face de mon mieux. Mais je veux aller bien pour que ça serve à quelque chose, pas pour vivre égoïstement dans mon coin.
Une abonnée nous demande si vous avez une anecdote drôle liée à votre parcours.
Je travaille depuis trente ans avec Laurent Fontaine, et depuis trente ans tout le monde nous confond. Un jour, au moment d'un scanner, la manipulatrice me demande mon nom, comme c'est l'usage par précaution. Je réponds « Pascal Bataille ». Elle a éclaté de rire : elle était persuadée que j'étais Laurent Fontaine et que je faisais une blague !
Un mot de la fin ?
Une phrase que je n'ai pas inventée, trouvée dans un livre, et qui est devenue mon mantra : « À défaut de pouvoir ajouter des jours à la vie, ajoutons de la vie aux jours. » Ça peut paraître un peu bateau, mais quand on le fait vraiment résonner en soi, ça a du sens. On ne devient pas une personne parfaite, on s'énerve dix fois par jour comme tout le monde. Mais quand on se demande chaque matin comment ajouter de la vie à sa journée, du bonheur, du bien autour de soi, sans s'oublier soi-même, ça marche.
À retenir : le dépistage du cancer du poumon
- Le tabac est en cause dans plus de 80 % des cancers du poumon, première cause de mortalité par cancer en France.
- Le programme pilote IMPULSION, coordonné par l'Institut national du cancer, évalue un dépistage organisé auprès d'environ 20 000 volontaires dans cinq régions pilotes.
- Qui est concerné ? Les personnes de 50 à 74 ans, fumeuses ou ayant arrêté depuis moins de 15 ans, avec une consommation d'au moins 20 paquets-années (cigarettes, mais aussi cigarillos, cigares, pipe ou chicha).
- L'examen : un scanner thoracique à faible dose, sans injection, de moins de 10 minutes, pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie. Deux scanners à un an d'intervalle, puis tous les deux ans. Une aide à l'arrêt du tabac est proposée.
- L'enjeu : associé à l'arrêt du tabac, le dépistage réduirait d'environ 38 % le risque de décès par cancer du poumon selon les études internationales.
- Pour se renseigner : le 34 33 ou depistage-cancer-poumon.fr.
- Hors dépistage : une toux qui dure, un essoufflement inhabituel ou des symptômes qui persistent sans explication justifient de consulter et d'insister. Pascal Bataille a perdu neuf mois.
À lire aussi : « Pascal Bataille : les moments qui ont marqué son parcours », de l’annonce au premier kilomètre après l’opération.
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