Témoignage de Laura, 37 ans, en cours de traitement contre un cancer du sein métastatique – Sous hormonothérapie - @lauraancelin83
Te voilà.
Tu fais ton entrée, fanfaronne, toute gaie, toute illuminée de rose.
Même cette grande dame, la Tour Eiffel, se pare de rose pour te célébrer.
Tu rayonnes de certitudes, de bonne humeur, de joie, d’espérance et de bienveillance.
Tu arrives en nous faisant croire, à nous tous, que le cancer du sein se guérit.
Que tout cela est doux, rose, bienveillant, presque poétique.
Alors oui, dans beaucoup de cas, certaines guérissent.
Certaines entendent ces mots qui résonnent encore longtemps :
Rémission,. Guérison.
Et c’est merveilleux.
Mais d’autres, malheureusement, meurent. Pas par manque de courage, ni de volonté.
Juste parce que cette satanée maladie ne se guérit pas toujours, même à 90 %.
Et puis, il y a les autres. Les oubliées. Les métastatiques.
Celles et ceux qui ne guériront jamais, mais ne mourront pas tout de suite.
Cette tranche silencieuse, souvent invisible, qui continue de vivre avec un cancer qu’on ne peut plus faire disparaître.
Ne croyez pas que tout est rose pendant le cancer du sein.
En tant que malade, rien ne l’est vraiment.
Tout est teinté. Tout est nuancé.
De gris, de fatigue, de peur… mais aussi, parfois, d’une immense envie de vivre.
Nous apprenons à composer avec cette incertitude, à colorer notre quotidien autrement, à trouver la lumière ailleurs que dans le rose parfait des affiches.
Parce que la vraie vie, avec le cancer, ce n’est pas une campagne.
C’est une lutte. Une adaptation. Un courage discret, chaque jour renouvelé.
Nous, les patientes métastatiques, nous replongeons chaque année dans l’une des périodes les plus difficiles.
Nous devons apprendre à vivre avec cette épée suspendue au-dessus de nos têtes, à composer avec l’incertitude :
Quand ? Comment ? Combien de temps ? Pourquoi nous ?
Nous faisons partie de celles qui ont eu la “chance” de ne pas mourir tout de suite du cancer, mais la “malchance” de ne jamais guérir.
D’autres, heureusement, traversent un parcours semé d’embûches, mais finissent par entendre ce mot magique qui sonne comme une délivrance : rémission.
Le corps et l’âme garderont leurs cicatrices, mais ils reprendront doucement le chemin d’une vie – imparfaite, mais remplie de vie.
Et puis, il y a les amis.
La première année, ils sont là, armés de rubans roses fièrement accrochés à leurs vestes, avec une pensée, un mot, une fleur, une carte, un petit geste pour dire : « Je pense à toi, je suis là. »
La première année aussi, certaines ont à cœur d’organiser quelque chose pour Octobre Rose.
Parce que ça fait bien. Parce qu’aux yeux de la société, c’est beau d’aider une amie atteinte d’un cancer. Il y a de l’élan, de la ferveur, de la solidarité.
Puis la deuxième année, tout cela s’estompe un peu.
On se voit encore, mais différemment.
La troisième année, le rose s’efface un peu plus.
Les gens sont moins présents, les messages plus rares.
Octobre Rose devient pour beaucoup un simple souvenir, une notification parmi d’autres.
Pour nous, en revanche, c’est un rappel constant : de notre maladie, de notre combat, de notre fatigue, de notre peur.
Et il faut le dire : c’est difficile d’être l’amie d’une patiente atteinte d’un cancer métastatique. Alors, petit à petit, les visages s’éloignent.
Et puis la quatrième année… plus personne.
Plus de messages, plus de rubans, plus de gestes.
Nous restons là, seules, à affronter ce mois qui, chaque jour, chaque minute, nous rappelle que nous ne guérirons pas.
Pour nous, c’est la double peine.
Nous devons vivre avec la maladie au quotidien, subir les traitements, la fatigue, le stress, la peur.
Vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête, avec la mort en colocation permanente.
Et, en plus, nous perdons parfois nos amis, lassés d’accompagner une personne malade, épuisés par une maladie qu’ils ne subissent pas mais qui les effraie.
Double peine pour nous, les patients : vivre avec le cancer et survivre à l’abandon.
Et parfois, d’autres te jugeront. Ils te reprocheront une sortie annulée, de t’être écoutée, d’avoir choisi le repos plutôt que la fête. Ils penseront que c’était par manque de courage, alors que c’était simplement ton corps qui, ce jour-là, t’a dit stop.
D’autres, plus tard, t’en voudront d’avoir été trop présente, trop vivante, trop attachée, et te feront porter la faute d’un lien devenu trop lourd pour eux.
Certains croiront que ta vie a repris sa “normalité”, qu’elle est redevenue comme avant.
Mais toi, chaque jour, tu vis avec ce corps marqué, ce corps courageux, cabossé, mais debout.
Tu avances, encore et toujours, dans ce mélange de douleur, de peur, et de vie.
💗 Octobre Rose, tu es beau, tu es utile, tu es porteur d’espoir.
Mais n’oublie pas celles qui vivent au-delà du rose, dans les nuances de gris, dans la persévérance, la peur et l’amour mêlés.
Celles qui continuent d’espérer, même sans promesse de guérison.
Celles qui se battent encore, dans le silence, dans la durée, avec dignité, avec courage, avec vie.
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