Hormonothérapie : l’intimité mise à l’épreuve

19/12/2025

Témoignage d'Audrey, 43 ans, en rémission d'un cancer du sein | Sous hormonothérapie


Mon diagnostic de cancer du sein est tombé au début du confinement, en mars 2020.
Pendant les traitements, j'étais très fatiguée, la sexualité n'était pas notre priorité.

Mais le plus compliqué est arrivé avec l’hormonothérapie : ce fameux moment où tu comprends que tu es "sortie d'affaire" pour tout le monde, alors qu'en fait... pas du tout.

Mon traitement d’hormonothérapie, c’est une piqûre de Decapeptyl par mois, et du Femara tous les jours. Niveau émotions, c'est très dur. Ça fait donc 4 ans que je chiale pour une baguette de pain… un pur bonheur.

En 5 secondes, je peux rigoler et fondre en larmes. Le plus difficile, c’est que je suis en ménopause induite, ce qui entraîne chez moi une sécheresse vaginale et une atrophie vaginale pour certains, du vaginisme pour d'autres. Toute pénétration est ultra douloureuse, voire impossible. Je sais qu’il n’y a pas que la pénétration dans le sexe… mais là ça fait 4 ans que ça dure, et c’est long ! À force, ma libido baisse. Je finis par faire un blocage car toute tentative se finit en larmes et en culpabilité. Donc je suis encore plus crispée, surtout que s’il y a bien quelque chose qui me fait plus peur que la mort, c’est bien la douleur.

J’ai beaucoup de chance car mon compagnon est très doux et ouvert à la discussion - c’est plutôt moi qui ferme, d’ailleurs. Il est assez désemparé, surtout qu'il a une forte libido. Il ne me met aucune pression, et tant mieux car je n’ai pas besoin de lui, je le fais très bien toute seule.

Nous avons essayé d’en parler, mais c’est un sujet difficile pour moi. J’en ai donc parlé à mon gynéco qui m’a fait des séances de laser. J’ai eu mal et ça n’a rien changé. J’ai eu des crèmes, mais ça n’a pas amélioré non plus. Je suis allée voir un sexothérapeute. Ça m'a aidée sur le fait de m’ouvrir à la discussion, à plus de compréhension, et à renouer en partie avec mes sensations. Il m’a expliqué que souvent, pendant de tels traitements, nous sommes tellement bousculées, triturées… que le cerveau fait une dissociation entre le corps et les sensations, ce qui engendre que nous ne sommes plus du tout en lien avec nous-mêmes.

Il nous avait conseillé de nous masser avec mon compagnon. Ça s’appelle le sensate focus : le but est de reconstruire la confiance (en soi, en l'autre) et l'intimité - ce qui, à terme, augmente la capacité à donner et à recevoir. On avait avancé un peu ; du moins j'arrivais à avoir des sensations agréables. Mon compagnon avait d’ailleurs été surpris que j’aie été jusqu’au bout de la démarche d’aller en discuter avec un professionnel pendant un peu plus d’un an pour améliorer un point un peu « futile » et tabou pour moi.

En fin 2024, j’ai enfin osé en parler avec mon oncologue. Il m’a pris un rendez-vous avec l’infirmière de pratiques avancées et, depuis, on cherche de nouvelles pistes. Elle m’a transmis le numéro de la psychologue du service oncologie, que je n’ai jamais vue puisque pendant le confinement ils évitaient que les gens ne se croisent trop. Elle m’a aussi orientée vers une autre piste avec de la kiné sexo.

J’ai revu dernièrement mon gynéco et je lui ai tellement fait pitié qu’il m’a proposé, si je le souhaite, de me refaire deux séances de laser à 100€ l’une au lieu de 250€. On verra, je ne m'en suis pas encore occupée. Donc oui, j’ai fait appel à l’extérieur, oui, j’ai dépensé des fortunes pour un sujet qui me semble futile, mais qui est finalement important pour moi et mon mari.

À la fin des gros traitements, en 2021, moi qui étais contre le mariage, j'ai demandé sa main à mon compagnon. Je culpabilise de me dire que nous sommes mariés et que les choses ne se sont pas arrangées, que je voudrais le rendre heureux aussi sexuellement et que je n'y arrive pas.

Si je devais donner un conseil à un couple qui va traverser cette épreuve, je lui dirais de prendre le temps de digérer les informations et les changements. D'être ouvert à la discussion, d'échanger entre eux pour se soutenir et comprendre ce qui peut bloquer ou comment apporter de l’aide à l’autre.

En couple, il ne devrait pas y avoir de tabous, car on s’est choisis. Et surtout, n’hésitez pas à vous faire aider en parlant à quelqu’un avec qui vous vous sentez à l’aise, ou simplement à la personne à qui c’est possible.


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