Témoignage de Margaux, 34 ans, en rémission d'un cancer colorectal - @cancersansfiltre
Une semaine après mon 33ème anniversaire, alors que je vivais à Toronto au Canada depuis 4 ans, j’ai été diagnostiquée d’un cancer colorectal stade IV avec des métastases au foie.
Au cours de l’été 2023 j’ai commencé à être très fatiguée et à avoir des grosses douleurs au ventre. Je fais partie des gens qui ne vont jamais chez le médecin et ne prennent aucun médicament mais j’étais tellement mal que je me suis décidée à consulter.
C’était la première fois en 4 ans au Canada que je me rendais chez un médecin (et même plus car même en France, ça n’était pas arrivé depuis très longtemps). On m’a fait passer une échographie pelvienne ainsi qu’une radio de l’abdomen qui n’ont rien révélé et on m’a conseillé de revenir dans quelques temps si mon état ne s’améliorait pas.
Ce fut le cas mais, à ce moment-là, je travaillais beaucoup, j'enchaînais les voyages et me suis convaincue que cela pouvait expliquer ma fatigue. Je n’ai pas du tout informé ma famille de mon état de santé, je ne voulais pas qu’ils s’inquiètent « pour rien » car officiellement il n’y avait pas de problème.
Mi-octobre 2023 je suis rentrée en France pour une dizaine de jours de vacances et là tout le monde a constaté que je n’étais pas dans mon état normal : j’étais très affaiblie, j’avais très peu d’appétit, pas envie (ou plutôt pas la force) de faire grand chose… les douleurs étaient toujours là mais je n’en parlais pas pour ne pas inquiéter mon entourage outre mesure.
Ma famille voulait que je passe des examens mais à ce moment-là je n’étais pas sûre que mes droits à la sécurité sociale soient encore ouverts sachant que je vivais à l’étranger depuis quelques années, mais en revanche je savais que j’avais une carte de santé au Canada. J’ai donc promis de consulter dès mon retour pour découvrir ce qu’il se passait.
Quelques jours après mon retour à Toronto je me suis rendue de nouveau dans la clinique où j’avais consulté 3 mois auparavant et en me palpant le ventre le médecin a soupçonné une infection et m’a recommandé d’aller aux urgences pour faire des examens plus poussés.
J’avais 33 ans depuis quelques jours et je n’avais jamais mis un pied à l’hôpital en tant que patiente de ma vie, c’était effrayant d’autant que la seule position dans laquelle j’étais à peu près confortable était allongée et je redoutais de devoir attendre de longues heures assise inconfortablement.
Prise de sang, scanner, consultation… on finit par me dire qu’ « on a vu quelque chose au niveau du côlon mais on ne sait pas encore ce que c’est. Ça peut être plusieurs choses et, dans le pire des cas, -mais il y a peu de chance car vous êtes jeune- ça peut être un cancer. » Ambiance ...
Ils décident donc de m’admettre à l’hôpital pour au moins quelques jours afin de faire des examens complémentaires. Le lendemain on m’annonce : « It’s cancer.
Je suis à plus de 6 000 kilomètres de ma famille, mais heureusement je m’étais construit une vraie famille là-bas et mes amis ne m’ont pas lâchée à partir du moment où je suis partie aux urgences et c’était très réconfortant.
Ils savaient que je devais passer des examens médicaux mais ne savaient pas que j’étais à l’hôpital depuis la veille et je ne savais pas comment leur lâcher cette bombe.
J’étais déjà en train d’accuser le coup et après l’angoisse du diagnostic, j’avais l’angoisse de le dire à mes parents à un moment inopportun et de provoquer un drame supplémentaire (crise cardiaque, accident de voiture…). Je me suis donnée un jour de répit puis, le lendemain, j’ai décidé de le dire à ma sœur et l’ai chargée de leur transmettre la nouvelle en personne.
Ils étaient évidemment bouleversés mais quasi instantanément ils se sont mis en mode « combat » et ont commencé à prendre les choses en main.Ils ont activé des contacts pour que je puisse être prise en charge à l’Institut Paoli-Calmettes (IPC) à Marseille sans tarder et ont organisé leur venue à Toronto pour pouvoir me rapatrier.
En attendant, j’ai passé une dizaine de jours à l’hôpital et ai eu 2 opérations pour une ileostomie. Ma colocataire et très bonne amie restait à l’hôpital avec moi en permanence et faisait le relai avec ma famille (qu’elle ne connaissait pas à ce moment-là). Elle récoltait les informations auprès des médecins pour les transmettre à l’IPC et qu’ils puissent préparer ma prise en charge. Il a aussi fallu vérifier que mes droits étaient bien ouverts avant d’envisager de rentrer en France et c’était bien le cas donc j’ai également pris une mutuelle.
Lorsque mes parents sont arrivés j’étais encore à l’hôpital, j’en suis sortie même pas 2 jours après et ai dû y retourner en urgence car, comme soupçonné par le médecin qui m’avait envoyée aux urgences, j’avais une infection à côté de ma tumeur et ça compliquait énormément les choses.
Mi-novembre 2023 j’ai quitté l’hôpital contre l’avis des médecins car nous devions prendre l’avion pour rentrer à Marseille.
D’un point de vue logistique c’était très compliqué car j’avais énormément d’affaires à transporter et j’étais en fauteuil roulant car quasi incapable de tenir sur mes jambes. Heureusement nous avons été beaucoup aidés par mes amies formidables et même si le voyage s’est passé dans le stress (infection, ileostomie à gérer…), il s’est bien déroulé !
Quelques jours après je commençais mon parcours de soins à l’IPC.
Un peu plus d’un an plus tard, après beaucoup de chimios, d’opérations et de séances de radiothérapie, je suis en rémission complète !
Apprendre que l’on a un cancer c’est toujours un coup de massue, mais le fait que ça arrive en vivant à l’autre bout du monde complique encore les choses. Heureusement que, dans mon malheur, j’ai eu la chance d’avoir un entourage extraordinaire qui m’a facilité la vie déjà bien compliquée.
Suite à mon retour en France j’ai reçu un e-mail de la chirurgienne qui m’avait opérée pour l’ileostomie et qui souhaitait savoir où j’en étais au niveau de ma prise en charge. Nous sommes donc restées en contact et, tous les 3-4 mois, je lui écrivais pour lui raconter les dernières grosses étapes.
En avril 2025, avec le feu vert de l’oncologue, je suis retournée passer un mois à Toronto pour clore ce chapitre de ma vie de manière beaucoup plus douce après ce départ brutal un an et demi plus tôt.
J’ai contacté la chirurgienne et nous nous sommes vues ! Elle était très émue car lorsque nous nous étions quittées, j’étais dans un état critique et mon avenir était très incertain. Alors me revoir en rémission, en forme et sans ileostomie, c’était un grand moment.
À travers ce témoignage, je veux souligner l’importance de la manière dont l’équipe médicale nous prend en charge et à quel point l’aspect « humain » est primordial. Elle ne s’est réellement occupée de mois que pendant 2 semaines de mon long parcours de soins, mais elle m’a marquée positivement et m’a montré que je n’étais pas juste une patiente parmi tant d’autres, mais que j’étais importante.
Et de la voir s’intéresser autant à mon cas tout au long de ma maladie m’a beaucoup aidée.
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