Cancer : ensemble, mais seule

17/12/2025

Témoignage d'Aurélie, 44 ans - @endoandcobreizh


Endométriose, PMA, FIV, double fracture, cancer, maladies chroniques (au pluriel), un enfant TDAH, n'en jetez plus, la coupe est pleine !
Est-ce que le cancer était la cabosse de trop à notre couple, qui avait vécu tellement d'épreuves jusqu'à présent ?

Après avoir surmonté un déménagement à 10 000 km, déménagé plusieurs fois, réussi à être maman, nous étions parvenus à avoir cette petite vie à laquelle Monsieur et Madame tout le monde aspire, mais était-ce vraiment la vie que je souhaitais ?

Ces questions, je me les suis posées beaucoup de fois dans ma tête. J'avais vécu à l'étranger si longtemps. Baroudeuse dans l'âme, rangée dans mon travail, ma joie de vivre est partie en fumée au fur et à mesure et la charge mentale du quotidien, et bien elle a augmenté avec le temps.

Quand le cancer est arrivé dans « ma » vie, dans « notre » vie, il a sans doute emporté ce qu'il restait de « nous ». Et pour autant, c'était le début de tout autre chose : le début d'une histoire avec « moi ».

Diagnostiquée d'un cancer du sein hormonodépendant (de stade 2) 3 mois après avoir fêté mes 41 ans, c'est un coup de massue alors que j'enchaîne les galères depuis 3 ans maintenant.
La peur m'envahit immédiatement et la première question que j'ai en tête est : Est-ce que j'ai vraiment vécu une vie sans regrets ? La réponse est NON.

Avant d'entamer ce long parcours, j'échange mes doutes avec mon ex-mari et lui dit que si je m'en sors, je voudrais partir faire le tour du monde en famille et mettre notre vie entre parenthèses quelques mois, un peu comme pour me raccrocher à un petit bout d'espoir dans cette tourmente... Notre première dispute éclate ce jour-là et je me rappelle encore de ses paroles. Je suis une personne insensée, irrationnelle. Sa réponse cinglante dans cette dispute : « Puisque c'est comme ça, je vais t'accompagner dans ton cancer et ensuite, on se sépare ! » Une prédiction devenue réalité 3 ans plus tard.

Ce cancer, avec du recul, je l'ai vécu seule. Accompagnée certes, mais seule, dans la solitude du malade ! Comment expliquer ce paradoxe ? Seule en chimiothérapie, seule à mes 3 chirurgies (notamment une ablation du sein avec reconstruction immédiate), seule à mes rendez-vous médicaux jusqu'à ce que mon oncologue me dise : « Dites donc, quand est-ce qu'on aura la chance de connaître votre mari ? »

Seule parce que j'ai voulu lui faciliter le quotidien, ne pas le déranger dans son emploi du temps et son travail. Alors, j'ai fait la fille qui gérait bien : « Je sais que c'est compliqué avec ton travail, non mais t'inquiètes, je vais gérer ». Gérer quoi au final ?

150 km aller-retour à chaque visite au centre d'oncologie puis aller faire les courses à l'arrivée et chercher mon fils à l'école. Faire à manger, charge mentale décuplée, « oncobrain », fatigue chronique, au secours !! Mon cerveau a « bugué » et la période post-cancer est arrivée en mode « boomerang ».

J'ai changé un peu, beaucoup, passionnément durant cette période. J'ai voyagé, je me suis ouverte aux autres, j'ai cherché « mes ressources » pour aller mieux et c'est là que je suis tombée amoureuse !Amoureuse de la vie, amoureuse de moi, amoureuse des petits riens, amoureuse de faire du bien, amoureuse de la paix, amoureuse de voyager, bref, j'avais changé et je travaillais sur l'estime de soi, la spiritualité et je ne pouvais plus me contenter de la routine d'avant cancer.

Alors, j'ai parlé, j'ai dit que je ne pouvais plus mener la barque seule comme avant, que j'avais besoin qu'il m'aide parce que mes troubles cognitifs étaient trop lourds et que je devais me créer de nouvelles routines (dixit ma neuropsychologue). Il y a des gens qui, dans la maladie, ne souhaitent qu'une chose : retrouver leur vie d'avant et il y en a d'autres qui veulent juste repartir à 0. Je faisais partie de ces personnes.
Et puis 3 ans sans rapprochement physique, que l'autre ne te regarde plus, que ses yeux ne pétillent plus, c'est dur ! Oui, j'étais mutilée mais je m'aimais tel que j'étais. J'avais travaillé dur pour apprendre à reconnecter mon mental et mon physique. On tend des perches, le sujet devient tabou, la non communication s'installe. J'ai travaillé avec une psychologue durant un an. Je lui ai demandé de faire ce travail de son côté. Il n'a pas voulu. Il m'a proposé une thérapie de couple, je n'ai pas voulu ! Comment travailler le couple si tu ne travailles pas d'abord sur toi-même ?

Le fossé se creuse : pas de rapprochement physique, pas de changement à la maison. J'ai l'impression de gérer 2 enfants... Je me questionne sur le BONHEUR. La boule au ventre grandit. Est-ce que c'est ce dont j'ai envie ? On se perd, on ne se comprend plus. Nos objectifs divergent.

J'ai envie de repartir vivre à l'étranger, j'ai envie d'essayer des choses (même branlantes, même les trucs qui se cassent la gueule), j'ai envie de soutien de sa part. Je me lance dans un concours pour travailler au Ministère des Affaires Etrangères. Je lui en parle. C'est un concours alors, pas de projections mais j'envoie ma candidature. On est à table, je lui dit : « Ça y est, j'ai envoyé ma candidature. »Il me répond : « Si tu as le concours, je reste ici, il est hors de question que je parte à l'étranger. Ma vie est ici ! »

C'est vrai, sa vie est ici mais quand il est venu me chercher en Amérique Latine, je lui avais dit que la France ne serait jamais la destination d'arrivée. Encore une fois, on ne se comprend plus. Le soutien que j'attends de sa part ne vient pas, ne viendra pas, ne viendra plus.

Alors, la boule dans mon ventre grandit encore et encore jusqu'à ce que je devienne malheureuse de cette situation et jusqu'à ce que je lui écrive une lettre. Une lettre non achevée que je lui remets le jour de la Saint-Valentin car les choses s'enveniment. Cette lettre, elle parle du bonheur. Sommes-nous encore heureux ensemble ? Ce n'est pas une lettre de rupture mais une vraie question. 24 heures plus tard, il me prononce : « Je veux divorcer à l'amiable ». J'ai entrouvert une porte, il s'y est engouffré. Adieu nos 15 ans.

La maladie nous a changés tous les deux et même si on était côte à côte, on n'était pas ensemble. Chacun a cheminé, chacun a fait des erreurs, chacun a changé et moi, je me suis aimée pour la première fois dans cette histoire.

J'ai aimé celle que je suis devenue dans la solitude de mon parcours.
Je suis devenue « mon amie ». Merci la vie ! One life !

Crédit photo : Florian Malescot


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