Cancer du pancréas : quand l'espoir renaît

19/12/2025

Témoignage d'Isabelle, 57 ans, en rémission d’un adénocarcinome du pancréas - @isabellechabrier_lindigestion

Remontons à 2019 : depuis plusieurs années je projette de quitter mon poste dans le secteur des études publicitaires. Je nourris le projet d'ouvrir une conciergerie pour particuliers et créer mon auto-entreprise. En mars 2019, je suis prête et je démissionne !

Je suis dynamique, ai une bonne hygiène de vie, ne fume pas, ne bois pas. Mais à l'été 2019 je ressens de très fortes douleurs au dos et au ventre. Aux repas, je ne peux presque pas manger car cela déclenche les douleurs, et je commence à perdre du poids (environ 4 kilos). Je consulte mon généraliste, et les rendez-vous s'enchaînent : imagerie, urgences, biopsie. 10 jours plus tard le verdict tombe : cancer du pancréas localement avancé. Imbriqué autour de l'artère mésentérique, on ne sait pas opérer.

Coup du sort, c'est la veille du lancement de mon entreprise que débute mon 1er arrêt maladie.

À l'annonce du diagnostic en octobre 2019, beaucoup de questions me viennent à l'esprit. Une des premières je crois a porté sur l'espérance de vie. Le médecin m'a tout de suite répondu qu'on ne pouvait pas savoir, tout dépend comment va réagir mon corps au traitement. Elle a suggéré de commencer tout de suite les chimiothérapies, puis d'aviser. Incapable de réagir, complètement sonnée, c'est mon mari qui décide à ma place : on démarre les chimios dès que possible.

Dès la 2ème ou 3ème chimio, je ressens une amélioration : plus de douleurs dos/ventre et la possibilité de manger un peu plus.

Au bout de 7, le médecin me parle de « réponse exceptionnelle » au traitement. Quant au scanner, il montre une tumeur toute petite. On va envisager ce qui ne l'était pas jusqu'à présent : la radiothérapie.

Je suis 30 séances de radiothérapie et pour en renforcer les effets, prends de la chimiothérapie orale deux fois par jour, toutes les 12 heures.

À la fin de ces séances, 6 semaines plus tard, ce qui n'était pas envisageable jusqu'à présent le devient et on m’opère d’une DPC (duodeno-pancréatectomie céphalique) en juillet 2020. 7h d’intervention pour retirer la tête du pancréas, la totalité du duodénum, le tiers inférieur de l’estomac et la vésicule biliaire.

En septembre, je démarre un nouveau cycle de 6 chimiothérapies adjuvantes. La dernière a lieu en novembre 2020. Mon arrêt maladie se termine en mars 21. Je me sens en bonne forme, j'ai un bon moral, et suis pleine d'espoir, alors je relance mon entreprise.

Il y a eu beaucoup de moments difficiles durant le parcours…

Le diagnostic
Quand le mot cancer est lâché, alors tout s'effondre autour de nous, l'annonce est terrifiante.

Le retour à la maison après l’opération / la DPC
J’étais tellement heureuse de rentrer à la maison ! C'était pendant une canicule, j'étais épuisée par la chaleur et très fatiguée de l'intervention. Mais je ne ressentais plus ni faim, ni soif et ai commencé à perdre beaucoup du poids. J'ai passé plusieurs jours ainsi, incapable de quitter le lit. J'ai alors profondément pensé que je pouvais mourir si je ne réagissais pas rapidement. Je suis retournée à l’hôpital, et y ai passé 10 jours pour déshydratation et dénutrition sévère. À ce moment-là, j'avais perdu 10 kilos en un an.

L’annonce
L'annoncer à la famille, aux amis ... Je ne savais pas quels mots utiliser pour ne pas trop leur faire peur. Aussi et surtout, je ne voulais pas que les gens changent de comportement vis-à vis de moi ;

La peur
Le manque d'informations positives, ou porteuses d'espoirs : chercher sur internet n'a été qu'une source d'anxiété.

La solitude
Peu de personnes atteintes de la même pathologie, donc pas d'autres patients avec qui discuter ;

Les maladresses
Face au cancer, les gens ont du mal à trouver les mots qu'il faut. Écouter vraiment suffirait pourtant dans de nombreux cas.

Mais beaucoup de choses m’ont aussi aidée :

Le soutien
J'ai eu la chance d'être suivie par une psychologue à chaque chimiothérapie, et à tout autre moment où j’en avais besoin. Elle travaillait dans le service et connaissait bien les pathologies et l'angoisse spécifique à ce type de cancer. J’ai aussi un conjoint et des amis très présents et attentifs.

L’écriture
J'aime écrire et ce qui m'a beaucoup aidée a été de tenir un journal. Pour ne pas oublier ce que je traversais, pour y écrire des inquiétudes que je ne pouvais pas / ne voulais pas partager avec mon mari. Ce texte est maintenant publié* et j'aimerais de tout cœur le partager avec des gens atteints de la même pathologie ou leur entourage.

Mon chat
La présence de mon chat Bandit auprès de moi : ses ronronnements et les caresses ont beaucoup apaisé mes angoisses.

Le yoga
J’en ai fait régulièrement et comme je pouvais, sans forcer : ça m'a maintenue en forme tout en me donnant un but.

Aujourd’hui, j’ai toujours mon entreprise et en parallèle j’essaye de sensibiliser, de faire connaître le cancer du pancréas. Son pronostic reste encore mauvais, alors que le nombre de cas progresse.

Le 20 novembre 2025, j'ai fêté les 5 ans de la fin des traitements. Cela fait de moi une « survivor » !

*L'Indigestion, journal intime de mon cancer du pancréas, Isabelle Chabrier, Éditions de l'Harmattan, 212 pages, Janvier 2023.


Quatre février, la première application dédiée à tous les cancers qui relie patient et proches en un clic, dès l'attente du diagnostic. Pour créer un compte, rendez-vous sur quatrefevrier.com ou sur Google Play.