Témoignage de Noémie, 29 ans I Cancer du sein hormonal I Sous hormonthérapie, thérapie ciblée et ménopause chimique.
Dans une semaine c'est mon anniversaire, alors je me suis replongée dans les souvenirs de mon dernier anniversaire. Et j'y ai retrouvé une vidéo, enregistrée par ma meilleure amie, de moi en train de souffler une petite bougie en forme de coeur, mes proches me chantent "Joyeux anniversaire" pendant que je souris en baissant les yeux sur cette petite bougie.
La première chose que je vois ce sont mes très longs cheveux noirs, sur lesquels depuis peu j'avais un balayage blond que j'adorais. Et puis je me vois : c'est moi, mais c'est comme si je regardais ma petite soeur. Cette petite soeur qui souffle sa 28ème bougie en sachant que dans 6 jours elle va démarrer sa chimiothérapie, qu'elle va perdre ses cheveux, ses seins, ses beaux cils et sourcils et son innocence. Elle sait qu'un tsunami l'attend, et elle ne sait pas comment, mais elle ne peut que l'affronter.
Je n'ai jamais eu peur de perdre mes cheveux, je savais que sans eux je me trouverai belle quand même. Mais le jour où je suis allée acheter une perruque, avec encore tous mes beaux cheveux sur la tête, je me suis assise devant le miroir et je me suis effondrée. C'était réel : la fille devant moi, dont j'aimais le reflet, elle allait partir. Tout ce qui me définissait allait partir. Ma mère, qui était elle aussi passée par là, était avec moi et me soutenait, pendant que je réalisais que dans les cheveux il y avait bien plus que juste des cheveux. Il y avait tout ce qui s'imposait à moi sans me laisser le choix, tout ce que mon cancer imposait à moi.
Une dizaine de jours après ma première chimio, j'avais décidé de maintenir les concerts où j'avais prévu de me rendre avant l'annonce de me cancer. Et c'est là, au milieu de l'Accor Arena que j'ai senti mes cheveux tomber, un à un, en frisonnant à chaque fois. Je décidais de les attacher, et ce week-end mon copain me les raserai.
J'ai mis mon t-shirt Britney Spears pour me donner du courage, et au milieu de mes sanglots j'ai attrapé des ciseaux et j'ai coupé. Mon copain m'a rasé, je pleurais, je ne voulais pas regarder, et puis j'ai levé les yeux vers le miroir et là il m'a regardé dans le miroir et m'a dit "t'es trop belle, on dirait un mannequin Vogue", et j'ai re pleuré, cette phrase m'avait sauvée.
Sans cheveux je me sentais libérée, libérée de cette attente de la chute de mes cheveux. Mais maintenant, j'avais l'air vraiment malade, donc soit, je portais une perruque, soit tout le monde allait voir et savoir. Au début j'ai porté une perruque à l'extérieur et puis plus du tout. Je n'avais pas envie de me cacher, j'étais comme j'étais et je n'en avais pas honte.
Sans cheveux, il faut néanmoins réussir à passer outre l'image que les autres projettent sur nous. Accepter que ce qu'ils voient, même si ce n'est qu'un corps en traitement, ressemble pour eux à un corps malade. Et que cela leur renvoie toutes les images du cancer qu'ils ont vues dans leur vie.
Et avec du recul je les comprends, mais je ne me sentais pas comme ça et je ne me voyais pas vraiment telle que j'étais. On en a parlé avec ma meilleure amie plus tard, quand on est parties en vacanaces à la fin de ma chimio. Elle m'avait prise en photo et, en me la montrant des mois plus tard, elle m'a dit "t'avais vraiment l'air malade, mais moi je te voyais tellement pas comme ça, parce qu'en fait moi je te voyais toi". Et moi je ne me voyais pas, je pense que je ne savais plus ce que j'étais, ni à quoi je ressemblais.
À cette période, lorsque je regardais mes photos et vidéos de moi auparavant, j'avais l'impression non seulement que ce n'était plus moi, mais que ça ne l'avais jamais été. J'avais l'impression de ne jamais avoir été cette belle jeune femme, et pire j'avais l'impression qu'elle était morte. J'avais fait le deuil de cette femme que je n'étais plus, physiquement et mentalement. J'aimais mon image, et me sentir belle faisait partie de mon identité, de ma manière de me présenter au monde. J'ai appris que le monde est bien plus sympathique avec les gens beaux, et qu'avec un physique qui met mal à l'aise, les gens ne sont pas aussi accueillants.
Est arrivée ensuite ma double mastectomie, et l'acceptation de dire adieu à une partie de mon corps que j'aimais. J'ai eu la chance de pouvoir avoir une reconstruction immédiate par prothèses et donc de ne pas me voir sans seins. Mais je me suis vue sans mes seins. Cette opération a signé le début de ma rémission, donc je l'ai vécu comme un moment de soulagement, associé à un moment particulièrement douloureux, alors que mon corps était déjà à bout de souffle.
Alors que j'avais fait beaucoup en terminant mes 5 mois de chimio, j'avais l'impression de n'avoir rien fait du tout, et que cette nouvelle épreuve était encore un immense combat à mener pour mon corps.
Aujourd'hui j'écris ces lignes dans un corps que je réapprends à connaître, esthétiquement et physiologiquement. Mes cheveux longs et lisses sont revenus courts et frisés, mes seins sont siliconés, décorés de cicatrices qui sont autant de témoignages de mon histoire. Mon corps est celui d'une femme ménopausée à seulement 28 ans. Néanmois je m'aime aujourd'hui bien plus profondément qu'avant, j'admire mon corps pour la manière dont il m'a porté durant cette période, je l'écoute et je le protège plus que jamais.
L'autre jour on m'a demandé comment j'allais et j'ai répondu "je me sens comme si j'avais vécu un tsunami pendant un an, et que maintenant que j'ai survécu, je dois reconstruire ma maison, et c'est du travail mais j'ai une maison qui a tenu le coup, donc je vais la bâtir différemment et prendre soin d'elle".
C'est ce que je ressens aujourd'hui, j'ai eu beaucoup de mal à me sentir sensuelle, sexuelle à nouveau. Mais en laissant le temps à mon corps de reprendre sa place, de reconstruire sa force, je me suis créée une nouvelle identité, avec un corps différent, un style différent, une âme différente.
Et doucement ça va mieux 😊
Rendez-vous sur Quatre février, la première application dédiée à tous les cancers qui relie patient et proches en un clic, dès l'attente du diagnostic.
App dispo sur App Store et Google Play.
